Peuplement de Sarh et son organisation sociale
Mercredi, mars 31st, 2010
Anciennement appelée Fort-Archambault, la ville de Sarh était à l’origine nommée Kokaga. Pour certains cela signifie en Sara-kaba « la forêt » et pour d’autres le nom d’un bras mort du Chari encombré des bois morts, en face de l’actuelle résidence du gouverneur. Kokaga était indubitablement occupé d’abord par les Sara-kaba Démé venus de Marabé situé sur la rive droite du Chari à environ 45 kilomètres de Sarh. Le pays Démé était dirigé en 1890 par un chef nommé Kembé Modjo. Ensuite, les Tounia originaires de Miltou en guerre contre les Boua et les Niellim ont quitté leur territoire pour émigrer vers le Sud. C’est ainsi qu’après avoir traversé le Bahr Keita, les Tounia ont trouvé refuge à Kokaga auprès des Sara-kaba Démé. Ngawara le chef de file Tounia avait obtenu du chef Démé Djogo son consentement d’installer sa communauté à Kokaga. Ce fut la fondation de la capitale Tounia. A la suite de pourparlers sur lesquels les traditions orales des deux ethnies divergent, les Tounia ont remis aux Démé des cadeaux et dons symboliques constitués de quelques fusils de fabrication locale (Gourloum), des chevaux de guerre, des rouleaux de tissu « Gabag » de fabrication Tounia et de quelques défenses d’éléphant. Pour consolider cet accord, plusieurs mariages entre les dignitaires et les sujets des deux tribus furent célébrés en même temps. Eu égard à cet accord de paix et de brassage de deux tribus, les Démé entretenaient des relations très fructueuses et vivaient en parfaite symbiose avec les Tounia.
Par la suite, le chef des Sara-kaba Démé, Djogo et une partie de sa population se déplaçaient à Banda, site actuel de la Compagnie Sucrière du Tchad (C. S. T.) à la recherche des terres cultivables. Sous la direction de Gaouara et de son Neveu Nassar Gaye, les Tounia vont s’organiser du point de vue social et politique.
Ainsi le premier chef de canton fut Gaouara. Mort en 1906, il est relevé par son fils Nahor qui a régné de 1906 à 1934. Les Tounia sont passés les maîtres de l’eau du Chari à partir du village Doyaba, Là où est mort est enterré le grand chef Tounia Nassar Gaye. Jusqu’à l’embouchure de Salamat, les Tounia réclamaient même des redevances aux éleveurs arabes qui traversaient le Chari avec leurs bêtes pour les revendre à l’abattoir de Sarh. Les rites de Kokaga sont confiés à Nassar Gaye et Gaouara. Comme les Tounia ont acqui des Démé Kokaga et compte tenu des liens matrimoniaux et des accords de défense et de paix entre les deux tribus, La latitude est laissée aux Tounia d’agir en toute liberté. C’est ainsi que le chef Tounia Gaouara a accueilli Gentil le premier septembre 1897. En effet l’explorateur Emile Gentil de passage à kokaga sur le Chari, cherchait à atteindre le Lac Tchad et d’y planter le drapeau, français. Se mettant à la poursuite de Rabah, considère comme principal obstacle à conquête du Tchad à la conférence de Berlin de 1884 à 1885, Gentil construit une fortification militaire à Kokaga. Cette fortification est baptisée Fort-Archambault le 16 août 1899. Il faut préciser que Archambault est le nom d’un jeune lieutenant mort de malaria dans les marécages de l’Oubangui- Chari (actuelle République centrafricaine). Ce fortin est situé précisément entre Gaye et Kemdéré.
En 1973, dans le cadre de la rénovation culturelle initiée par le feu président Ngarta Tombalbaye, la ville de Fort-Archambault fut rebaptisée Sarh. Ce qui signifie « lieu de regroupement ». Sarh est peuplé dans sa grande majorité d’ethnie du groupe sara. Ce peuple présentes pratiquement les mêmes caractéristiques dans leur mode de vie en dépit de certaines variations dialectales. Les Sara sont essentiellement les agriculteurs sédentaires qui vivent de manière indépendant. La plus petite entité sociale reste la famille. Les membres de la famille reconnaissent l’autorité d’un chef de la famille, qui est le plus souvent la personne la plus âgée de la lignée. C’est ainsi que les vieillards disposent d’un pouvoir d’artisan de la paix. Et doivent maintenir, de ce fait, la cohésion sociale. Du point de vue culturel, les jeunes Sara ( entre 10 et 15 ans) passent par un rite initiatique appelé « Ndo » ou « yo Ndo » qui a pour but éducation à tous les points de vue : Social, religieux, philosophique, juridique et même économique. Les nouveaux initiés, après un séjour de un (1) à trois (3) mois dans la forêt sacrée, intègrent la famille et doivent se considérer comme des hommes mûrs.
Les filles quant à elles, entre douze (12) et quinze (15) ans sont soumises au « Bangnan » ou excision. Les excisées sont logées généralement dans les maisons ou cases qui se trouvent aux abords de Sarh ou dans ses quartiers excentriques. Elles y passent trois à quatre semaines sous la conduite de quelques femmes âgées, elles, aussi excisées.
Celles apprennent aux jeunes excisées plusieurs valeurs, entre autres leur future vie de mère. Il faut noter que l’excision, comme pratique peu orthodoxe, est décriée par les autorités publiques et les Eglises chrétiennes. En dépit de plusieurs tentatives de rappel à l’ordre, contre les mutilations générales féminines (MGF), cette pratique se fait quelquefois dans la clandestinité. Ce groupe Sara est composé des Sara Madjingaye, des Goulaye, des Nar, des Ngam, de Sara-kaba, des Mbay, des Bedjond. D’autres groupes habitant Sarh sont les Daye, les Toumak, les Boua, les Niellim, les Tounia, les Routo, les Gori et les Gouta. L’organisation socio-culturelle de ces derniers se distingue très peu du grand groupe sara.

